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Mixité dans les défilés de mode : le virage enfin pris ?

Les podiums restent à 95% genrés, malgré un discours médiatique célébrant une « révolution » de la mixité. Ces rares moments restent des opérations ponctuelles, freinées par la logistique et les castings binaires. Découvrez ce que révèlent réellement les chiffres et les pratiques des grandes maisons.

Mixité dans les défilés de mode : le virage enfin pris ?

Mixité dans les défilés de mode : ce que révèlent les chiffres et les pratiques

Sur les podiums des grandes semaines de mode internationales, la proportion de mannequins masculins présentant des vêtements féminins, et inversement, reste marginale. Selon les relevés effectués par des cabinets spécialisés dans l’analyse des castings, cette part n’excède pas 5 % des tenues présentées lors des collections automne-hiver ou printemps-été des grandes maisons. Ce chiffre, stable depuis plusieurs saisons, contraste avec le discours médiatique qui salue régulièrement une « révolution » de la mixité dans la mode.

La mixité des podiums se limite souvent à des opérations ponctuelles

Lorsqu’une maison décide de faire défiler un mannequin féminin dans un costume tailleur strict, ou un mannequin masculin dans une robe fluide, l’événement est largement commenté. Ces choix sont souvent portés par des directeurs artistiques soucieux de bousculer les codes. Mais ils demeurent des exceptions, concentrées sur quelques pièces phares de la collection, et non une transformation structurelle des castings. À consulter également : www.babydays.ch.

Les agences de mannequins interrogées sur leurs pratiques décrivent un fonctionnement binaire. Les bookers reçoivent des demandes claires de la part des maisons : des profils féminins pour le prêt-à-porter féminin, des profils masculins pour le prêt-à-porter masculin. Les rares demandes croisées émanent de créateurs indépendants ou de marques positionnées sur un segment dit « avant-gardiste », qui disposent de budgets de communication plus limités.

La logistique des défilés elle-même constitue un frein. Les cabines d’essayage, les tailles standard des vêtements de prêt-à-porter et les conventions des ateliers de couture sont pensées pour des morphologies genrées. Adapter une pièce à un corps masculin ou féminin implique des retouches supplémentaires, des coûts et des délais que les calendriers serrés des fashion weeks ne permettent pas toujours.

Les vêtements mixtes ne signifient pas des défilés mixtes

Le développement du « genderless » ou du vêtement dit « sans genre » a connu une croissance notable dans l’offre commerciale. Plusieurs marques proposent désormais des collections unisexes, avec des coupes droites et des coloris neutres. Cette évolution concerne toutefois principalement la confection industrielle et les lignes de prêt-à-porter diffusées en série, qui utilisent des tailles uniques ou des grilles élargies.

Sur les podiums, cette tendance se traduit rarement par une réelle mixité des interprètes. Une maison peut présenter une collection « mixte » mais choisir de la faire défiler uniquement par des femmes, ou uniquement par des hommes, selon l’image qu’elle souhaite projeter. Le vêtement est mixte, le casting ne l’est pas. Cette dissociation est fréquente dans les marques de sport ou de streetwear, qui communiquent sur l’universalité de leurs pièces tout en conservant des défilés séparés pour leurs lignes masculines et féminines.

À l’inverse, certaines maisons de couture continuent de présenter des collections distinctes pour chaque genre, même lorsqu’elles affirment dans leurs notes d’intention vouloir « dépasser les catégories ». Les contraintes de production, les attentes des détaillants et les habitudes des consommateurs pèsent plus lourd que le discours créatif.

Les castings mixtes répondent à des logiques médiatiques et commerciales

Lorsqu’un défilé intègre un nombre significatif de mannequins de l’autre genre, cette décision est rarement neutre. Elle intervient souvent à des moments stratégiques : lancement d’une ligne capsule, anniversaire d’une maison, ou volonté de capter un nouveau public. Les retombées presse sont mesurées, et les marques jouent sur l’effet de surprise pour générer des articles et des partages sur les réseaux sociaux.

Cette approche peut être lue comme une opération de communication davantage que comme une transformation des pratiques. Les maisons qui ont fait de la mixité un axe récurrent de leurs défilés sur plusieurs saisons consécutives restent très rares. La plupart reviennent à des castings traditionnels dès la saison suivante, faute de retombées commerciales directes, ou pour répondre aux attentes de leurs équipes de vente.

Les mannequins eux-mêmes décrivent une réalité contrastée. Certains, engagés pour des défilés mixtes, rapportent être cantonnés à des rôles précis : présenter une pièce « statement », ouvrir ou fermer le show, mais ne pas défiler l’ensemble de la collection. Cette répartition limite la portée symbolique de leur présence et maintient une hiérarchie implicite entre les genres sur le podium.

Les exceptions structurelles restent portées par de petites structures

Quelques collectifs et écoles de mode expérimentent une mixité intégrale, où chaque mannequin défile indifféremment dans toutes les tenues, sans distinction de genre. Ces initiatives émanent souvent de jeunes créateurs, de programmes de design dans les écoles d’art, ou de collectifs militants. Leur visibilité est réelle dans les cercles professionnels, mais leur audience demeure confidentielle au regard des grandes semaines de mode.

Ces structures butent sur des obstacles économiques. Les défilés mixtes impliquent des coûts de production plus élevés, des castings plus complexes et des partenariats avec des marques de cosmétiques ou de chaussures qui n’ont pas toujours prévu cette configuration. La pérennité de ces expériences dépend souvent de subventions ou de mécénats, et rares sont celles qui dépassent le stade de la présentation unique.

Du côté des grandes maisons, des essais ponctuels ont eu lieu, notamment sur des collections croisière ou des événements spéciaux, mais ils n’ont pas débouché sur une généralisation. Les directions artistiques invoquent la lisibilité de l’offre pour les clientes et clients, ainsi que la nécessité de préserver l’identité de chaque ligne. La mixité des défilés apparaît ainsi comme un marqueur de positionnement, mobilisé par certaines marques à certains moments, plutôt que comme une évolution de fond du secteur.

Amandine Moreau

Amandine Moreau

Amandine Moreau est une experte reconnue en assurance santé pour expatriés et en protection sociale internationale. Elle accompagne depuis plusieurs années les professionnels en mobilité internationale dans leurs démarches de couverture médicale à l'étranger. Son expertise approfondie lui permet d'offrir des conseils adaptés aux enjeux spécifiques de chaque situation d'expatriation.

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